NOTRE EDITORIAL

Soumis par webadmin le Ven, 2006-11-10 10:23

NOTRE EDITORIAL 

« Le Burundi se relève très lentement mais sûrement » 

Comme le disait un politologue : « La paix c’est la période qui suit la guerre en attendant la suivante ». Si vous demandiez aux Burundais du profond pays ce qui constitue leur plus grande infortune, ils vous répondront presque tous que ce sont les crises sanglantes à répétition entrecoupées, non pas par des périodes d’accalmie, mais d’incertitude angoissante. Dans les ventes aux enchères et autres braderies, ce qui est  rare est cher.

Depuis l’acquisition de l’indépendance, le Burundi n’a jamais connu de paix (voir rubrique « repères historiques ». Dès lors, si la  paix n’a pas de prix sous d’autres cieux, au Burundi quiconque de bonne foi donnerait tout pour que la paix règne durablement dans ce pays. Mais certains ne l’entendent pas ainsi. Ils voudraient récolter là où ils n’ont rien semé tel celui qui se présenterait au guichet d’une banque pour réclamer les intérêts d’un placement qu’il n'a jamais fait. Certains nostalgiques Tutsi évoquent, non sans amertume, les époques glorieuses de « leur armée qu’on a défigurée ». Non loin de là vous croiserez des Hutu qui considèrent que l’injection de Hutu dans la nouvelle armée appartient plus à la pratique des indicateurs chimiques de laboratoire qu’à autre chose. On sait qu’une minuscule goutte d’indicateur dicte la couleur à toute une solution sans qu’elle change de nature. En attendant, le processus de rodage des nouvelles forces de sécurité poursuit son chemin.

Un adage italien - l’écriture n’est pas garantie - dit que : « Qui va piano va sano et va lontano » qui ressemble bien fort à celui français de : « Celui qui veut aller loin ménage sa monture». La relativité fait partie de la nature. Quand un véhicule roulant à 150km/h et ne respectant aucun code routier dépasse celui qui roule à 90 km/h, le conducteur a l’impression que le second véhicule fait du sur place. Par contre si ce même conducteur roule en sens inverse il verra que l’autre véhicule file comme une fusée alors que c’est lui qui va trop vite et à contre-sens. Il est donc temps que chacun choisisse. Il pourra soit prendre des raccourcis, non pas seulement à ses risques et périls, mais surtout au péril de tous, soit rouler en sens inverse ou d’abord calculer la vitesse optimale dictée par les aspirations des habitants de ce pays, entendez par là, non pas l’establishment politique qui a les moyens de tenir des conférences de presse chaque soirée dans les bistrots mais les populations déshéritées. Il pourra aussi faire du sur place. Mais là aussi il aura l’impression que ce qui fait l’objet de son observation avance trop vite. Parce que celui qui n’avance pas recule. La relativité anime le quotidien.

Les spécialistes auront l’occasion de revenir sur les chiffres dans un dossier plus techniquement étoffé, mais certains indicateurs peuvent être compris par les plus profanes d’entre nous. Ils témoignent du coût de l’absence de paix. L’économie est aussi frileuse que les humains puisque, en période de mauvais temps et d’orages, elle se recroqueville sur elle-même à tel point qu’au Burundi on a pu la croire morte et enterrée par une décennie de crise sanglante.Alors qu’à l’amorce du processus de démocratisation en 1990 le revenu nominal par tête d’habitant était de 213 $ US, il fondait jusqu’à crever le plancher des 100$ puisqu’il se retrouva à 91$US en 2004, reléguant le Burundi au dernier rang mondial. La moyenne subsaharienne est de 510$US ! La dette extérieure qui s’élevait à 70.80% du PIB en 1990 s’est envolée vers 195% du PIB en 2004. Il a suffi que les nuages s’éclaircissent quelque peu avec les élections de l’été 2005 suite au processus démocratique de 2005 pour que, notamment, la dette extérieure qui s’élevait 1.3244 Milliards de $US en juillet 2005 descende jusqu’à 1.2463 Milliards de $US en  juillet 2006 grâce surtout à la réappréciation de la monnaie burundaise qui entraîna une moins-value dans l'ardoise (cfr BRB, Service des Etudes. Indicateurs de conjoncture, juillet 2006). Par contre la dette publique intérieure s’est accrue de 19%.

On constate que l’indice des prix à la consommation a légèrement baissé de 2.3% de juillet 2005 à juillet 2006. La baisse aurait été plus substantielle n’eut été le renchérissement du coût des diverses sources d’énergie qui frappe tant le domaine domestique que les transports. Ce n’est pas le seul prix des hydrocarbures ( importées ) qui a flambé mais aussi du charbon de bois. Au lieu de passer le plus clair de leur temps à tenir des débats électoralistes après les élections, les élites burundaises devraient s’employer à développer des sources d’énergies alternatives et principalement les bioénergies. C’est hallucinant de constater que ce sont les seuls pays riches, lesquels ont de quoi payer les hydrocarbures, qui sont attelés à développer les bioénergies! Et pourtant, sur toutes les collines du Burundi on peut développer des cultures en haute teneur soit d’huile ou d’alcool carburant. La facture énergétique en serait allégée d’autant et on pourrait soulager le paysage dénudé par la déforestation.

Quand, à l’intérieur du pays, on acquiert la possibilité de dire tout haut ce qu’on pense ne pas bien tourner, qu’on peut dire publiquement que la presse n’a pas assez de liberté, qu’on peut parler de corruption, c’est déjà que le processus est irrémédiablement engagé. Quand il était au pouvoir, Buyoya a commandé pour une fortune des avions qui n’ont jamais volé; tout le monde est resté discret sur ce dossier jusqu’à son départ ; on simula des envois en réparation d’épaves d’avions d’avant guerre pour détourner des centaines de milliers de dollars et tout le monde joua aux abonnés absents du genre : « Je n’ai rien vu et rien entendu » Certains connaissent la mésaventure de ce téméraire qui osa parler de « GUSTAVE » sans préalablement vérifier  que les murs n’avaient pas d’oreilles ; il encaissa quelques gifles lui administrées magistralement par Sieur GUSTAVE en personne.

A bon entendeur salut !